Pascal Laugier sonde l'insoutenable dans son second film et signe une grande œuvre viscérale que vous n'oublierez jamais.
Il y a quatre ans, Pascal Laugier sortait son premier film, Saint Ange, film inégal mais très prometteur dont la part d'ombre était mise au service d'un climat angoissant, rappelant de manière lointaine le Richard Loncraine du Cercle infernal. Cette semaine sort enfin le très attendu Martyrs, son second film, qui a été repoussé de trois mois après son interdiction aux moins de 18 ans. Le temps pour Pascal Laugier d'expliquer ses intentions à la Ministre de la culture et de la Communication, Christine Albanel, et pour son film de pouvoir repasser devant la commission. L'interdiction aux moins de 16 ans est alors acceptée, assortie d'un avertissement très conséquent (mais nécessaire) en bas de son affiche.
Si Martyrs a déjà fait beaucoup de bruit avant sa sortie, on ne doute pas du fait que son passage dans les salles obscures scindera le public en deux catégories : les « très pour » et les « très contre ». Et pour cause. Martyrs est un film d'un radicalisme insoutenable, le genre d'objet cinématographique qui marque vos esprits à vie.
Martyrs part de l'histoire de Lucie, retrouvée errante sur la route, le corps maltraité, quelques mois après sa disparition. Quinze ans après, Lucie reconnait ses agresseurs et, armée d'une carabine, tire sur tous les membres de la famille, parfaite représentante des valeurs de la petite bourgeoisie française. Martyrs se vivant comme une expérience, il est préférable d'en dévoiler le moins possible. Signalons simplement que Pascal Laugier signe le film le plus éprouvant depuis le Salo de Pier Paolo Pasolini, film avec lequel Martyrs détient des points idéologiques communs. Comme Salo, Martyrs est un grand film et traite, derrière une horreur d'une efficacité jamais vue en France, de l'état d'un pays dans lequel rien ne va plus et où, par conséquent, la violence physique et morale n'a plus de limite.
Tendue comme un arc, l'action qui démarre au quart de tour ne laisse jamais aux spectateurs le temps de souffler, ce qui rend le film encore plus insupportable. Pourtant divisible en trois parties, elle ne se relâche pas et nous enfonce (aux sens propre comme au figuré) dans les ténèbres du Mal. Après la première partie qui marque la fin d'une histoire afin de rentrer plus amplement dans le thème principal du film, on croit avoir subi le pire. Hypothèse démentie par la suite puisque les deux autres s'avèreront encore plus terrifiantes. L'envie de sortir de la salle pointe son nez. Soit on décide de rester (alternative gagnante), soit on reconnaît son incapacité à en voir plus et on sort. C'est juste alors une question de sensibilité et il est impossible de blâmer ceux qui préfèrent s'échapper. Il est pourtant dommage de rater un film qui, malgré son extrémisme, s'avère comme une future référence du cinéma d'horreur français, et on invitera les spectateurs à rester jusqu'au bout.
Car, paradoxalement, Pascal Laugier a réalisé un film qui joue du dégoût pour nous amener à l'émotion. Il ne montre que le strict nécessaire afin que son film jouisse d'une violence viscérale qui vous prend aux tripes et vous touche comme aucune autre. Mais rien n'est ici gratuit. Tout est pesé pour servir le discours sous-jacent d'un scénario qui, à l'image du film, est d'une rare brutalité pour ne pas dire d'un pessimisme crépusculaire.
Qu'on aime ou pas Martyrs, qu'on le supporte ou non, une chose est sûre, Pascal Laugier est un grand cinéaste de genre et sa mise en scène fait qu'on lui pardonne quelques plans qu'on n'aurait pas accepté de la part de certains autres metteurs en scène actuels qui jouent, eux, sur le voyeurisme pur. Laugier, lui, ne cherche pas à choquer (sinon les esprits) et son film est davantage une invitation à la réflexion. Au final, quel que soit le « bout » par lequel on le prenne (réalisation, construction, idéologie), Martyrs est un véritable choc parachuté sur le territoire d'un cinéma français de plus en plus banalisé. Et c'est surtout un très bon film.
Publié le 30/08/2008 par Christophe Hachez
Verdict
Excellent film de terreur (probablement le meilleur réalisé en France), Martyrs séduira ou dégoutera le public. On vous invite grandement à tenter l’expérience. Un choc visuel et sensoriel.
9/10
source: cinema-france